Le Kawasaki et le COVID-19 en 3 questions

  • mai 1, 2020
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L’association entre la COVID-19 chez l’enfant et la maladie de Kawasaki : ce qu’on connait et ce qu’on ne connait pas.

Avec la pandémie actuelle de la COVID-19, des alertes émergentes de l’Europe ainsi que des nouvelles rapportées dans les médias, ont créé une certaine vague d’inquiétudes concernant un certain lien associant la COVID-19 à la maladie de Kawasaki. Il est important dans le contexte de clarifier et d’interpréter ces information afin de fournir des informations utiles et pratiques aux patients, aux parents et au grand public que nous continuerons régulièrement à mettre à jour.

 

QUESTION 1 : Mon enfant a déjà eu la maladie de Kawasaki dans le passé, est-ce qu’il y a de quoi m’inquiéter?

1. En ce qui concerne les enfants diagnostiqués antérieurement de la maladie de Kawasaki, à ce jour, les informations disponibles ne semblent pas indiquer que ces enfants soient plus à risque de contracter la COVID-19 (ou de développer la maladie de Kawasaki de nouveau) ni d’avoir une réponse différente à la COVID-19 (éventuelle) que les autres enfants.

2. En ce qui concerne les enfants ayant eu la maladie de Kawasaki dans le passé ET ayant des complications coronariennes (anévrismes coronariens persistants et/ou sténoses des artères coronariennes) ou ayant une atteinte du myocarde (fonction cardiaque diminuée) nous ne sommes pas certains qu’ils courent un risque particulier au cas où ils attraperaient la COVID-19. Si votre enfant a des problèmes actifs secondaires à la maladie de Kawasaki, veuillez consulter votre cardiologue et /ou pédiatre/médecin de famille.

 

QUESTION 2 : Que faut-il savoir si mon enfant présente des symptômes qui pourraient orienter vers la COVID-19 ou vers la maladie de Kawasaki?

1. Il y a un certain degré d’urgence de confirmer ou d’infirmer le diagnostic de ces deux conditions. En cas de symptômes évocateurs, votre enfant devrait être évalué dès que possible (ne pas craindre de se présenter chez votre médecin, les hôpitaux sont équipés pour trier adéquatement les patients et éviter les contagions) puisque le diagnostic et le traitement précoce est important pour éviter les complications cardiaques reliées.

2. Les symptômes associés à la maladie de Kawasaki (voir plus loin) aident au diagnostic quand on y pense. Les formes incomplètes (c’est à dire qui ne présentent pas tous les symptômes cliniques) représentent le tiers des cas. Il n’y a pas un test sanguin spécifique pour confirmer la maladie de
Kawasaki, amis des tests sanguins aident à confirmer ou à écarter le diagnostic. (Consultez votre médecin pour en discuter).

3. Certains symptômes associés à la maladie de Kawasaki peuvent être similaires à ceux causé par la COVID-19. Quoiqu’il ne soit pas toujours facile de distinguer entre ces deux maladies, le traitement standard de la maladie de Kawasaki (les immunoglobulines intraveineuse) a déjà été utilisé en Europe pour la COVID-19 sans en causer une détérioration. Certains médecins pensent que ce traitement pourrait même être utile dans le cas de la COVID-19. Certains médicaments d’immunosuppression utilisés pour traiter la COVID-19 sont parfois utilisés avec succès pour traiter la maladie de Kawasaki à risque élevé (difficile à contrôler avec les immunoglobulines intraveineuses seules).

4. Les corticosteroïdes (les dérivés de la cortisone) qui sont parfois utilisés pour traiter la maladie de Kawasaki à risque élevé ou difficile à contrôler devraient être évités en général ces temps-ci puisque le risque de détériorer le parcours de la COVID-19 est possible. D’autres médicaments immunosuppresseurs seraient bénéfiques tout en évitant les corticostéroïdes dans le contexte. Il n’y a pas une réponse certaine, mais nous continuerons à surveiller cette pratique.

 

QUESTION 3 : Pourquoi l’inquiétude actuelle pour le coeur des enfants en ce qui concerne la COVID-19 versus la maladie de Kawasaki?

1. La maladie de Kawasaki est la principale maladie pédiatrique qui peut causer des complications dans les artères coronaires (anévrysmes des artères coronaires) chez le jeune enfant. Diagnostiquer et traiter la maladie de Kawasaki sans retard indu améliore beaucoup le devenir de ces enfants puisqu’on réduit le taux de complications de 25-30% à moins que 5% des cas. Pour cette raison-là, s’assurer de bien distinguer entre la maladie de Kawasaki et la COVID-19 dans la foulée de la pandémie courante représente notre principale préoccupation.

2. La COVID-19 symptomatique avec complications reste rare chez les enfants relativement aux adultes selon l’expérience européenne. Ceci est aussi le cas au Canada et aux États-Unis. Néanmoins, les informations cliniques émergentes rapportent occasionnellement une atteinte du coeur (inflammation du muscle cardiaque) chez les enfants qui ont été admis aux soins intensifs ont provoqué la vigilance du corps médical. Quant à une éventuelle complication coronarienne suite à la COVID-19, il n’y a pas de rapports formels qui le confirment pour le moment, bien que quelques patients ont manifesté un élargissement des artères coronaires (dilatation coronarienne). Il ne semble pas pour le moment que la COVID-19 causerait des anévrysmes coronariens.

3. Pratico-pratique 1 : un enfant avec suspicion ou confirmation de la maladie de Kawasaki doit avoir une consultation en cardiologie pédiatrique en dedans de un à deux jours suivant la mise en cause du diagnostic (c’est la pratique courante en tout temps). Ceci inclut un électrocardiogramme, une échocardiographie, et un bilan sanguin orienté au besoin.

4. Pratico-pratique 2 : un enfant atteint de la COVID-19 d’une certaine sévérité devrait avoir une évaluation en cardiologie pédiatrique à la recherche d’une éventuelle atteinte du muscle cardiaque. Certains tests sanguins seront obtenus, ainsi qu’un électrocardiogramme et un échocardiographie. En général, l’approche sera la même pour les enfants dont le diagnostic de COVID-19, de la maladie de Kawasaki, ou des deux maladies n’est pas clair.

5. En ce moment, il n’est pas clair si les enfants qui ont la COVID-19 mais qui ne présentent pas de symptômes associés (ou très peu de symptômes) auraient besoin d’une évaluation cardiaque. Nous ne croyons pas que ceci serait nécessaire, étant donné l’absence d’évidence dans ce sens.

À RETENIR EN BREF:

1) Les symptômes typiquement (mais pas toujours) associés à la maladie de Kawasaki sont typiquement les suivants, sans être toujours associés, ni toujours présents en même temps:

• Forte fièvre persistante au-delà de 4 jours (malgré les antibiotiques),
• Rougeur des yeux sans sécrétions,
• Rougeur de la bouche et de la langue et craquellement des lèvres,
• Éruption cutanée,
• Rougeur et enflure des paumes des mains et des plantes des pieds,
• Gros ganglions au niveau du cou

2) La COVID-19 reste rare chez l’enfant, ses complications cardiaques semblent aussi rares.

3) La similitude ou l’association éventuelle entre la COVID-19 et la maladie de Kawasaki ne devrait pas entraver l’usage des tests diagnostiques appropriés ni interférer avec l’application des gestes thérapeutiques efficaces ou favorables.

4) Les médecins au Québec connaissent très bien la maladie de Kawasaki, les spécialistes en immunologie et en maladies infectieuses sont à l’affut des options thérapeutiques de la COVID-19, ce qui rend la prise en charge de ces jeunes enfants rassurante… sans oublier que les deux maladies en questions sont relativement rares malgré tout.

 

Mise à jour en date du 30 Avril 2020

Nagib DAHDAH, MD, FRCPc, FACC
Cardio-pédiatre, CHU Sainte-Justine
Professeur Titulaire de Clinique Pédiatrie
Université de Montréal

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